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Dominique PIFARELY : le violoniste improvisateur

 

Se consacrant au jazz et aux musiques improvisées, il se produit dans le monde entier, développant un parcours mêlant réalisations personnelles et collaborations choisies. Soucieux de transmettre son savoir-faire, il intervient dans les CFMI et CEFEDEM de Poitiers et anime des master-class dans les conservatoires. Riche de cette expérience, c’est vers un tout autre monde que nous entraîne Dominique Pifarely, un univers méconnu de la plupart des jeunes instrumentistes présents (un guitariste, un altiste et cinq violonistes) bien qu’en même temps très proche dans sa finalité.

Le CNR de Dijon accueillait les 10 et 11 mai les annuels cours publics de l’Amirésol qui avait invité cette année Roland DAUGAREIL et Dominique PIFARELY.

La matinée du 11 fut consacrée à la découverte et à l’écoute sur CD pour faire la part de l’écrit et de l’improvisé. Le travail préalable de l’improvisateur qui lui permet de se forger sa technique, son vocabulaire propre, un langage autonome, le geste instrumental approprié à sa pensée musicale, le conduit à construire une improvisation vraiment personnelle. Car "l’improvisation ne s’improvise pas, elle est le fruit de mémoires accumulées de nombreuses improvisations"...

Improviser, c’est transmettre, jamais copier ("savoir ce que l’on ne veut pas faire doit éviter la standardisation"), faire des choix, prendre des décisions, au travers d’un "aller-retour permanent oreille-pensée-geste".

L’improvisation collective requiert les mêmes qualités que celles des chambristes : "penser ensemble, être à l’écoute, respirer avec les autres".

Vint la passionnante partie pratique, révélation pour les "cobayes" comme pour le public assistant à de véritables créations sonores, et pour les professeurs présents sentant bien immédiatement les possibles applications pédagogiques. Les étudiants regroupés par deux se tournaient le dos pour ne pas se laisser visuellement influencer et privilégier l’écoute. Une règle du jeu était proposée (chacun choisissant secrètement pour éviter les dangers de l’imitation, un mode de jeu, un motif court, facile à identifier et à mémoriser). La séquence d’environ trente secondes livra un jeu bien assumé, cohérent instrumentalement, avec une pensée musicale. L’ensemble des étudiants était ensuite sollicité pour décrire la séquence (car "il est important de pouvoir nommer pour bien partager"), relevant une maîtrise instrumentale, une cohérence de la forme et au bout d’un moment une très bonne écoute. Cela suppose de réagir à ce qui se passe en temps réel, et à ce qui s’est passé, tenir compte de l’autre, non seulement s’en accommoder mais enrichir son propos en l’éclairant différemment (changement de nuance, manière de phraser..., "accueillir l’autre en restant soi-même"). On entrevoit alors le rapport direct entre la pensée et le geste ("préconscience", le résultat sonore est-il celui que l’on avait imaginé ? ), et l’apport de l’improvisation dans l’enseignement (comment mettre les moyens physiques au service d’une pensée musicale).

L’improvisation réunit le compositeur et l’interprète. Il faut être un bon compositeur (inventer chaque fois un scénario avec un vocabulaire différent, un autre mode de jeu, donner une direction à la musique, structurer le temps, développer un matériau). Il était intéressant de constater comment un thème soliste en se fragmentant pouvait devenir accompagnement. A l’instar du contrepoint, les deux voix se déroulent parallèlement, se complètent et s’équilibrent, l’une en regard de l’autre, suscitant écoute, disponibilité, malléabilité, capacité d’adaptation très rapide à l’autre tout en restant soi-même, chaque voix demeurant autonome.

Il faut être également le meilleur interprète possible de sa propre improvisation. On peut donc retravailler son improvisation en cherchant toutes les interprétations possibles d’une même idée ("en donnant à l’auditeur l’envie d’être actif" ; en ce sens on a dans l’improvisation plus de liberté pour susciter l’écoute), ceci en faisant des choix par défaut (savoir ce que l’on ne veut pas). "Et pour choisir, il faut connaître"... !

Dans la deuxième série d’exercices (d’environ une minute chacun), l’un jouait un motif simple et l’autre réfléchissait à ce qu’il pourrait superposer "pour faire sonner le premier encore mieux". Le jeu consistait à chercher successivement une dizaine de réponses différentes avec d’autres éléments. Une manière de (re)découvrir son instrument, de l’explorer comme un débutant en cherchant les sensations avec une naïveté retrouvée et le plaisir physique de jouer, d’acquérir la mémoire de la sensation et de s’approprier le geste (toutes choses ô combien utiles pour un instrumentiste ! On notait alors la difficulté à sortir par exemple d’une empreinte de main gauche que l’on surmontera en cherchant à "contrer les automatismes").

Le dernier exercice nécessitait le choix d’un mode de jeu à la fois très simple et très précis, facilement identifiable par le partenaire et les auditeurs, le but du jeu étant d’échanger progressivement les éléments du langage (en intégrant au fur et à mesure de plus en plus d’éléments du jeu de son partenaire, à la manière du "morphing", technique numérique cinématographique). Ce qui suppose une grande concentration sur son propre jeu pour qu’il reste compréhensif, et une capacité à simultanément écouter et mémoriser ce que joue l’autre. La difficulté est de pouvoir penser et agencer tous ces éléments en même temps (mais "les moyens on les a ! " ) , et cela dans un timing globalement identique.

Toutes ces expériences reçues "en direct" ont permis au public médusé de vivre un véritable travail de création, par la découverte, la mise à jour et la manipulation d’un matériau musical, visant à se réapproprier l’instrument et les sons pour faire de la musique par soi-même, avec sa propre personnalité. Quelle meilleure préparation à une interprétation vivante et riche, pensée, construite, à chaque instant revisitée ?

Né en 1957, Dominique Pifarely commence à étudier le violon à l’âge de six ans. Il poursuit des études musicales (musique de chambre, classe d’écriture, histoire de musique) au Conservatoire de Montreuil où il obtient un premier prix de violon en 1977. Depuis lors, il se consacre au jazz et aux musiques improvisées. Après s’être produit aux côtés de Didier Levallet, Louis Sclavis, Martial Solal, Eddy Louiss, Gérard Marais, François Jeanneau, Jean-Paul Celea, Denis Badault, Patrice Caratini, Marc Ducret, ainsi qu’en Angleterre dans l’orchestre de Mike Westbrook et en Autriche au sein du Vienna Art Orchestra, il développe un parcours dans lequel se mêlent réalisations personnelles et collaborations choisies. En 1988 il enregistre un premier disque en leader "Insula Ducalmara". Pifarély s’impose à la fois comme l’un des violonistes les plus élégants et l’un des plus rigoureux défricheurs de son des années 90.

Il poursuit son travail entre écriture et improvisation au sein de rencontres singulières ou régulières (François Couturier, Joachim Kühn, Daniel Humair, Jean-Paul Celea, Tim Berne, Vincent Courtois, Michel Godard, François Corneloup, Carlos Zingaro, ...), ainsi qu’en direction du théâtre, notamment auprès du metteur en scène Gilles Zaepffel. C’est ainsi qu’à la croisée de ces expériences, il crée en novembre 2002 le spectacle Anabasis. Se produisant régulièrement dans toute l’Europe, il effectue également des tournées au Canada, au Japon, en Amérique latine, en Inde, au Moyen-Orient ou en Afrique.

Soucieux de transmettre ces pratiques plurielles, il mène depuis plusieurs années une activité de formateur au sein du C.F.M.I. et du C.E.F.E.D.E.M. de Poitiers, et donne régulièrement des master-classes en conservatoire. Pour Dominique Pifarély, la rencontre précoce avec la musique est la découverte autonome, au cœur de la construction du monde et de soi.A l’écoute des lignes, des masses, rapports du détail à la , du un au collectif (de l’être à la communauté), il trace depuis 1978 un passage singulier à travers le jazz et la musique improvisée par des collaborations choisies ou comme leader. Attaché à la langue aussi bien qu’au langage, il travaille également pour le théâtre et la voix chantée.